Présentation des Zones Humides

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1.Définitions
2.
Typologie
3.
Fonctions des zones humides
4.
Evolution des zones humides: dégradation et destruction
5.
Politiques et initiatives gouvernementales en faveur des zones humides
 

 1. Définition          

    La position intermédiaire des zones humides entre milieu terrestre et milieu aquatique (figure 1) ainsi que leur grande diversité de structure et de fonctionnement explique les difficultés rencontrées pour les définir, les délimiter et les classer (Bernard, 1994 ; Barnaud, 1998 ; Fustec et al, 2000). Ainsi de nombreux classements, définitions, typologies ont été proposées par les différents auteurs, qu’ils soient scientifiques ou institutionnels.

            Néanmoins, la législation française reconnaît deux définitions des zones humides (Fustec et al, 2000) :

  •  La première est la plus couramment admise au plan international, soit la définition de la convention de Ramsar : “les zones humides sont des étendues de marais, de fagnes, de tourbières ou d’eaux naturelles ou artificielles, permanentes ou temporaires, où l’eau est stagnante ou courante, douce, saumâtre ou salée, y compris les étendues d’eau marine dont la profondeur à marée basse n’excède pas six mètres” ;

  • La seconde est de portée nationale et issue de la loi sur l’Eau de 1992 : “on entend par zone humide les terrains, exploités ou non, habituellement inondés ou gorgés d’eau douce, salée ou saumâtre de façon permanente ou temporaire ; la végétation, quand elle existe, y est dominée par les plantes hygrophiles pendant au moins une partie de l’année”.

           

       Il est essentiel de bien comprendre ce problème de classification et de définition des zones humides car tous les acteurs et utilisateurs des zones humides n’utilisent pas les mêmes définitions (parfois ni Ramsar, ni la Loi sur l’Eau) ce qui complique encore les démarches de protection ou de conservation des zones humides. Le fait qu’il n’existe encore aujourd’hui aucune définition acceptée et reconnue par tous contribue très certainement à la poursuite du déclin des zones humides (Bernard, 1994 ; Barnaud, 1998 ; Fustec, et al, 2000 ; Cizel, 2001). Il est toutefois possible de résumer les caractéristiques des zones humides à la présence d'eau, de sols particuliers, différents de ceux des zones adjacentes (hydromorphes), et/ou d'une végétation adaptée à l'inondation ou aux conditions de forte humidité (hydrophytes, hygrophytes, hélophytes, halophytes) (Barnaud, 1998).

 

Figure 1 : La position intermédiaire des zones humides  dans le continuum milieu terrestre/milieu aquatique (Mitsch et Gosselink in Barnaud, 1998)   Figure 2 : Les zones humides d’importance majeure en France(IFEN, 2002, modifié)

   2. Typologie 

            Le rapport Bernard (1994) propose une typologie des zones humides d’importance nationale en les regroupant selon des grands ensembles humides ayant “des fonctionnements écologiques relativement similaires, où les enjeux de qualité de l’environnement sont relativement analogues, et où les problèmes de politiques publiques se posent dans des termes apparentés”

           

Sur les 87 zones humides d’importance nationale qui ont pu être distinguées, seulement 78 ont été retenues pour cause de manque de données (Annexe II). Elles ont été regroupées par la suite par grands types de zones humides (figure 5) :

  •               Vallées alluviales : vallées alluviales, forêts alluviales, prairies humides…

  •               Plaine intérieure : marais intérieurs, régions d’étangs, lacs de barrages…

  •               Littoral méditerranéen : lagunes, golfes, salines…    

  •               Littoral atlantique : grands estuaires, marais littoraux, baies, salines…

  •               Massif à tourbières : vastes zones géographiques bien représentées en tourbières…

            Cette classification ayant servi de référence pour de nombreux ouvrages scientifiques et techniques (Bernard, 1994 ; Schricke et al, 1997 ; Ximenes, 2001 ; UICN, 2004), elle sera alors aussi utilisée dans cet exposé.

 

    3. Fonctions des zones humides           

            De nombreux auteurs ont pu définir des fonctions aux zones humides c'est-à-dire un ensemble de propriétés qui leur sont spécifiques ou qui s’y manifestent avec plus d’intensité que dans d’autres écosystèmes. Les travaux de Adamus et Stockwell (1983) ont fait part de onze fonctions qui pouvaient être reconnues aux zones humides.

Puis, afin de les mieux les appréhender, celles-ci ont été classées et regroupées par plusieurs auteurs comme Fustec (Fustec et al, 2000) :  

  • Fonctions hydrobiologiques / vis-à-vis du régime des eaux : contrôle des crues, recharge/décharge des nappes, dissipation des forces érosives…

  • Fonctions biogéochimiques / d’épuration / vis-à-vis de la qualité des eaux : rétention des sédiments,  rétention et élimination des nutriments… 

  • Fonctions bioécologiques : soutien de chaînes trophiques, habitats pour les poissons, habitats pour la faune sauvage…

  • Fonctions de récréation et culturelles : récréation active, valeur patrimoniale…

 

            Les activités cynégétiques exploitent donc essentiellement trois fonctions des zones humides :

  • La fonction d’habitat pour la faune sauvage qui va permettre l’accueil des espèces recherchées par les chasseurs ;

  • la fonction de récréation qui caractérise la capacité des zones humides à  permettre des activités de loisirs ;

  • la fonction de valeur patrimoniale car les activités cynégétiques sont traditionnelles dans les zones humides et les acteurs participent à l’entretien de ces milieux

 

Tableau 1 : Raisons de la disparition des zones humides

(Dugan in Bernard, 1994)

 

   4.  Evolution des zones humides : dégradation et destruction

             Le rapport Bernard (1994) a mis en évidence la régression continue des zones humides en France. Si les chiffres exacts de cette régression ne sont en revanche pas connus (Fustec et al, 2000), on estime que les zones humides françaises ont perdu les deux tiers de leur superficie au cours du XXème siècle ce qui représente une perte de plus de 2,5 millions d’hectares (UICN, 2004). Deux ensembles de processus expliquent cette régression : des processus de dégradation et des processus de destruction des zones humides.           

            Diverses causes de disparition des zones humides on été identifiées par Dugan (tableau 1), qui ont alors été synthétisées dans de nombreux ouvrages (Bernard, 1994 ; Ministère de l’Environnement, 1996 ; Fustec et al, 2000 ; UICN, 2004) de la manière suivante :

a.     Les processus de destruction

             Ces processus ont pour conséquence l’anéantissement des zones humides, soit en les supprimant tout simplement, soit en perturbant très fortement leur fonctionnement :

  •  l’intensification agricole par drainage, poldérisation, remblais, mise en culture ;

  • le développement aquacole en eau marine et saumâtre ;

  • la canalisation ou mise à grand gabarit de cours d’eau ;

  • les infrastructures linéaires (autoroutes, lignes ferroviaires) ;

  • le développement de l’urbanisation ;

  • les aménagements touristiques ;

  • les aménagements portuaires ;

  • la régulation du débit des cours d’eau ;

  • les aménagements hydro-électriques ;

  • l’extraction de granulats ;

  • l’extraction de la tourbe.

Cet inventaire de processus de destruction permet donc de bien comprendre les raisons de la régression continue des zones humides sur le territoire national.

b.     Les processus de dégradation

            Chacun de ces processus ne provoque pas la disparition des zones humides mais altère de manière plus ou moins prononcée leur fonctionnement, et la superposition de plusieurs de ces processus peut aboutir à leur destruction :

  • les pollutions agricoles liées à l’utilisation intensive d’engrais et de pesticides ;

  • les pollutions d’origines industrielles ;

  • l’intensification de la pisciculture en eau douce ;

  • l’aménagement du lit des cours d’eau (curage, recalibrage, seuil) ;

  • Les boisements pour la populiculture en prairies humides et en vallées alluviales ;

  • les boisements de résineux dans les landes humides et les tourbières ;

  • les aménagements cynégétiques ou piscicoles ;

  • le prélèvement d’espèces ;

  • le prélèvement d’eau

5.  Politiques et initiatives gouvernementales en faveur des zones humides 

            Face à ce constat alarmant, pourtant annoncé par certains acteurs des mondes scientifiques, cynégétiques et naturalistes, l’Etat français se mobilise et ratifie en 1986 la Convention de Ramsar s’engageant ainsi à préserver les zones humides du territoire national.

           

            Puis, la loi sur l’Eau de 1992 a intégré la protection des zones humides dans le droit, d’abord en proposant une définition des zones humides, ensuite en reconnaissant aux zones humides un intérêt général et enfin en posant le principe de gestion équilibrée de ces milieux (Cizel, 2001). C’est cette même loi qui a institué la mise en place des Schémas Directeurs d’Aménagement et de Gestion de l’Eau (SDAGE) et des Schémas d’Aménagement et de Gestion de l’Eau (SAGE).

 

            Toutefois, il faut encore attendre le milieu des années 90 et le rapport du préfet Bernard en 1994 pour que le gouvernement s’engage et adopte une véritable politique en faveur des zones humides : il en résulte en 1995 un Plan National d’Action pour les Zones Humides (PNAZH) qui s’oriente selon 4 axes :

  • Inventorier et renforcer les outils d’évolution et de suivi ;

  • Assurer la cohérence des politiques publiques ;

  • Engager la reconquête des zones humides ;

  • Lancer un programme d’information et de sensibilisation.

 

            Deux mesures phares inscrites au PNAZH ont été lancées peu après : un programme de recherche et un observatoire :

  •             Le Programme National de Recherche sur les Zones Humides (PNRZH) est lancé en 1996 (puis reconduit en 2002) sur la base de vingt projets liés au fonctionnement des zones humides.

  •             En 1997, l’Observatoire Nationale des Zones Humides (ONZH) est mis en  place afin de suivre l’évolution des zones humides et de certaines activités telles que la populiculture, l’extraction de granulats et les activités            cynégétiques (Schricke et al, 1997).

      

            Par la suite, de nombreuses actions se sont succédées afin de concrétiser les objectifs du PNAZH :

  •             Le Fond National de Solidarité sur l’Eau (1999) et le Fond de Gestion des Milieux Naturels (2000) sont créés et contribuent à l’entretien et à la restauration des zones humides ;

  •             Un volet “zone humide” a été intégré à chacun des 6 SDAGE ;       

  •             Enfin, en 2001, des pôles-relais sont créés afin de relayer les objectifs du PNAZH sur le terrain. On distingue 6 pôles-relais correspondants aux 6 grands types de zones humides présentes en France : Marais littoraux Atlantiques, de  la Manche et de la Mer du Nord ; Lagunes méditerranéennes ; Tourbières ; Vallées alluviales ; Mares et mouillères ; Zones humides intérieures.

 

            Si cet arsenal technique et réglementaire récent en faveur des zones humides est encourageant, son efficacité reste encore à prouver car “les actions des différents ministères n’ont pas toujours été menées en étroite concertation et ont été réalisées le plus souvent au détriment des zones humides” (Guth, 2003)

 

Antoine Chapuis